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viernes, 5 de septiembre de 2014

Péguy - Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres
I. Prière de résidence (1913)


Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1913)

I. Prière de résidence

Ô reine voici donc après la longue route,
Avant de repartir par ce même chemin,
Le seul asile ouvert au creux de votre main,
Et le jardin secret où l’âme s’ouvre toute.

Voici le lourd pilier et la montante voûte ;
Et l’oubli pour hier, et l’oubli pour demain ;
Et l’inutilité de tout calcul humain ;
Et plus que le péché, la sagesse en déroute.

Voici le lieu du monde où tout devient facile,
Le regret, le départ, même l’événement,
Et l’adieu temporaire et le détournement,
Le seul coin de la terre où tout devient docile,

Et même ce vieux cœur qui faisait le rebelle ;
Et cette vieille tête et ses raisonnements ;
Et ces deux bras raidis dans les casernements ;
Et cette jeune enfant qui faisait trop la belle.

Voici le lieu du monde où tout est reconnu,
Et cette vieille tête et la source des larmes ;
Et ces deux bras raidis dans le métier des armes ;
Le seul coin de la terre où tout soit contenu.

Voici le lieu du monde où tout est revenu
Après tant de départs, après tant d’arrivées.
Voici le lieu du monde où tout est pauvre et nu
Après tant de hasards, après tant de corvées.

Voici le lieu du monde et la seule retraite,
Et l’unique retour et le recueillement,
Et la feuille et le fruit et le défeuillement,
Et les rameaux cueillis pour cette unique fête.

Voici le lieu du monde où tout rentre et se tait,
Et le silence et l’ombre et la charnelle absence,
Et le commencement d’éternelle présence,
Le seul réduit où l’âme est tout ce qu’elle était.

Voici le lieu du monde où la tentation
Se retourne elle-même et se met à l’envers.
Car ce qui tente ici c’est la soumission ;
Et c’est l’aveuglement dans l’immense univers.

Et le déposement est ici ce qui tente,
Et ce qui vient tout seul est l’abdication,
Et ce qui vient soi-même et ce qui se présente
N’est ici que grandesse et présentation.

C’est la révolte ici qui devient impossible,
Et ce qui se présente est la démission.
Et c’est l’effacement qui devient invincible.
Et tout n’est que bonjour et salutation.

Ce qui partout ailleurs est une accession
N’est ici qu’un total et sourd abrasement.
Ce qui partout ailleurs est un entassement
N’est ici que bassesse et que dépression.

Ce qui partout ailleurs est une oppression
N’est ici que l’effet d’un noble écrasement.
Ce qui partout ailleurs est un empressement
N’est ici qu’héritage et que succession.

Ce qui partout ailleurs est une rude guerre
N’est ici que la paix d’un long délaissement.
Ce qui partout ailleurs est un affaissement
Est ici la loi même et la norme vulgaire.

Ce qui partout ailleurs est une âpre bataille
Et sur le cou tendu le couteau du boucher,
Ce qui partout ailleurs est la greffe et la taille
N’est ici que la fleur et le fruit du pêcher.

Ce qui partout ailleurs est la rude montée
N’est ici que descente et qu’aboutissement.
Ce qui partout ailleurs est la mer démontée
N’est ici que bonace et qu’établissement.

Ce qui partout ailleurs est une dure loi
N’est ici qu’un beau pli sous vos commandements.
Et dans la liberté de nos amendements
Une fidélité plus tendre que la foi.

Ce qui partout ailleurs est une obsession
N’est ici sous vos lois qu’une place rendue.
Ce qui partout ailleurs est une âme vendue
N’est ici que prière et qu’intercession.

Ce qui partout ailleurs est une lassitude
N’est ici que des clefs sur un humble plateau.
Ce qui partout ailleurs est la vicissitude
N’est ici qu’une vigne à même le coteau.

Ce qui partout ailleurs est la longue habitude
Assise au coin du feu les poings sous le menton,
Ce qui partout ailleurs est une solitude
N’est ici qu’un vivace et ferme rejeton.

Ce qui partout ailleurs est la décrépitude
Assise au coin du feu les poings sur les genoux
N’est ici que tendresse et que sollicitude
Et deux bras maternels qui se tournent vers nous.

Nous nous sommes lavés d’une telle amertume,
Étoile de la mer et des récifs salés,
Nous nous sommes lavés d’une si basse écume,
Étoile de la barque et des souples filets.

Nous avons délavé nos malheureuses têtes
D’un tel fatras d’ordure et de raisonnement,
Nous voici désormais, ô reine des prophètes,
Plus clairs que l’eau du puits de l’ancien testament.

Nous avons gouverné de si modestes arches,
Voile du seul vaisseau qui ne périra pas,
Nous avons consulté de si pauvres compas,
Arche du seul salut, reine des patriarches.

Nous avons consommé de si lointains voyages,
Nous n’avons plus de goût pour les pays étranges.
Reine des confesseurs, des vierges et des anges,
Nous voici retournés dans nos premiers villages.

On nous en a tant dit, ô reine des apôtres,
Nous n’avons plus de goût pour la péroraison.
Nous n’avons plus d’autels que ceux qui sont les vôtres,
Nous ne savons plus rien qu’une simple oraison.

Nous avons essuyé de si vastes naufrages,
Nous n’avons plus de goût pour le transbordement,
Nous voici revenus, au déclin de nos âges,
Étoile du seul Nord dans votre bâtiment.

Ce qui partout ailleurs est de dispersion
N’est ici que l’effet d’un beau rassemblement.
Ce qui partout ailleurs est un démembrement
N’est ici que cortège et que procession.

Ce qui partout ailleurs demande un examen
N’est ici que l’effet d’une pauvre jeunesse.
Ce qui partout ailleurs demande un lendemain
N’est ici que l’effet de soudaine faiblesse.

Ce qui partout ailleurs demande un parchemin
N’est ici que l’effet d’une pauvre tendresse.
Ce qui partout ailleurs demande un tour de main
N’est ici que l’effet d’une humble maladresse.

Ce qui partout ailleurs est un détraquement
N’est ici que justesse et que déclinaison.
Ce qui partout ailleurs est un baraquement
N’est ici qu’une épaisse et durable maison.

Ce qui partout ailleurs est la guerre et la paix
N’est ici que défaite et que reddition.
Ce qui partout ailleurs est de sédition
N’est ici qu’un beau peuple et dès épis épais.

Ce qui partout ailleurs est une immense armée
Avec ses trains de vivre et ses encombrements,
Et ses trains de bagage et ses retardements,
N’est ici que décence et bonne renommée.

Ce qui partout ailleurs est un effondrement
N’est ici qu’une lente et courbe inclinaison.
Ce qui partout ailleurs est de comparaison
Est ici sans pareil et sans redoublement.

Ce qui partout ailleurs est un accablement
N’est ici que l’effet de pauvre obéissance.
Ce qui partout ailleurs est un grand parlement
N’est ici que l’effet de la seule audience.

Ce qui partout ailleurs est un encadrement
N’est ici qu’un candide et calme reposoir.
Ce qui partout ailleurs est un ajournement
N’est ici que l’oubli du matin et du soir.

Les matins sont partis vers les temps révolus,
Et les soirs partiront vers le soir éternel,
Et les jours entreront dans un jour solennel,
Et les fils deviendront des hommes résolus.

Les âges rentreront dans un âge absolu,
Les fils retourneront vers le seuil paternel
Et raviront de force et l’amour fraternel
Et l’antique héritage et le bien dévolu.

Voici le lieu du monde où tout devient enfant,
Et surtout ce vieil homme avec sa barbe grise,
Et ses cheveux mêlés au souffle de la brise,
Et son regard modeste et jadis triomphant.

Voici le lieu du monde où tout devient novice,
Et cette vieille tête et ses lanternements,
Et ces deux bras raidis dans les gouvernements,
Le seul coin de la terre où tout devient complice,

Et même ce grand sot qui faisait le malin,
(C’est votre serviteur, ô première servante),
Et qui tournait en rond dans une orbe savante,
Et qui portait de l’eau dans le bief du moulin.

Ce qui partout ailleurs est un arrachement
N’est ici que la fleur de la jeune saison.
Ce qui partout ailleurs est un retranchement
N’est ici qu’un soleil au ras de l’horizon.

Ce qui partout ailleurs est un dur labourage
N’est ici que récolte et dessaisissement.
Ce qui partout ailleurs est le déclin d’un âge
N’est ici qu’un candide et cher vieillissement.

Ce qui partout ailleurs est une résistance
N’est ici que de suite et d’accompagnement ;
Ce qui partout ailleurs est un prosternement
N’est ici qu’une douce et longue obéissance.

Ce qui partout ailleurs est règle de contrainte
N’est ici que déclenche et qu’abandonnement ;
Ce qui partout ailleurs est une dure astreinte
N’est ici que faiblesse et que soulèvement.

Ce qui partout ailleurs est règle de conduite
N’est ici que bonheur et que renforcement ;
Ce qui partout ailleurs est épargne produite
N’est ici qu’un honneur et qu’un grave serment.

Ce qui partout ailleurs est une courbature
N’est ici que la fleur de la jeune oraison ;
Ce qui partout ailleurs est la lourde armature
N’est ici que la laine et la blanche toison.

Ce qui partout ailleurs serait un tour de force
N’est ici que simplesse et que délassement ;
Ce qui partout ailleurs est la rugueuse écorce
N’est ici que la sève et les pleurs du sarment

Ce qui partout ailleurs est une longue usure
N’est ici que renfort et que recroissement ;
Ce qui partout ailleurs est bouleversement
N’est ici que le jour de la bonne aventure.

Ce qui partout ailleurs se tient sur la réserve
N’est ici qu’abondance et que dépassement ;
Ce qui partout ailleurs se gagne et se conserve
N’est ici que dépense et que désistement.

Ce qui partout ailleurs se tient sur la défense
N’est ici que liesse et démantèlement ;
Et l’oubli de l’injure et l’oubli de l’offense
N’est ici que paresse et que bannissement.

Ce qui partout ailleurs est une liaison
N’est ici qu’un fidèle et noble attachement ;
Ce qui partout ailleurs est un encerclement
N’est ici qu’un passant dedans votre maison.

Ce qui partout ailleurs est une obédience
N’est ici qu’une gerbe au temps de fauchaison ;
Ce qui partout ailleurs se fait par surveillance
N’est ici qu’un beau foin au temps de fenaison.

Ce qui partout ailleurs est une forcerie
N’est ici que la plante à même le jardin ;
Ce qui partout ailleurs est une gagerie
N’est ici que le seuil à même le gradin.

Ce qui partout ailleurs est une rétorsion
N’est ici que détente et que désarmement ;
Ce qui partout ailleurs est une contraction
N’est ici qu’un muet et calme engagement.

Ce qui partout ailleurs est un bien périssable
N’est ici qu’un tranquille et bref dégagement ;
Ce qui partout ailleurs est un rengorgement
N’est ici qu’une rose et des pas sur le sable.

Ce qui partout ailleurs est un efforcement
N’est ici que la fleur de la jeune raison ;
Ce qui partout ailleurs est un redressement
N’est ici que la pente et le pli du gazon.

Ce qui partout ailleurs est une écorcherie
N’est ici qu’un modeste et beau dévêtement ;
Ce qui partout ailleurs est une affouillerie
N’est ici qu’un durable et sûr dépouillement.

Ce qui partout ailleurs est un raidissement
N’est ici qu’une souple et candide fontaine ;
Ce qui partout ailleurs est une illustre peine
N’est ici qu’un profond et pur jaillissement.

Ce qui partout ailleurs se querelle et se prend
N’est ici qu’un beau fleuve aux confins de sa source,
Ô reine et c’est ici que toute âme se rend
Comme un jeune guerrier retombé dans sa course.

Ce qui partout ailleurs est la route gravie,
Ô reine qui régnez dans votre illustre cour,
Étoile du matin, reine du dernier jour,
Ce qui partout ailleurs est la table servie,

Ce qui partout ailleurs est la route suivie
N’est ici qu’un paisible et fort détachement,
Et dans un calme temple et loin d’un plat tourment
L’attente d’une mort plus vivante que vie.


Charles Péguy, Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1931):
I. Prière de résidence
II. Prière de demande
III. Prière de confidence
IV. Prière de report
V. Prière de déférence


Péguy - Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres
II. Prière de demande (1913)


Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1913)

II. Prière de demande

Nous ne demandons pas que le grain sous la meule
Soit jamais replacé dans le cœur de l’épi,
Nous ne demandons pas que l’âme errante et seule
Soit jamais reposée en un jardin fleuri.

Nous ne demandons pas que la grappe écrasée
Soit jamais replacée au fronton de la treille,
Et que le lourd frelon et que la jeune abeille
Y reviennent jamais se gorger de rosée.

Nous ne demandons pas que la rose vermeille
Soit jamais replacée aux cerceaux du rosier,
Et que le paneton et la lourde corbeille
Retourne vers le fleuve et redevienne osier.

Nous ne demandons pas que cette page écrite
Soit jamais effacée au livre de mémoire,
Et que le lourd soupçon et que la jeune histoire
Vienne remémorer cette peine prescrite.

Nous ne demandons pas que la tige ployée
Soit jamais redressée au livre de nature,
Et que le lourd bourgeon et la jeune nervure
Perce jamais l’écorce et soit redéployée.

Nous ne demandons pas que le rameau broyé
Reverdisse jamais au livre de la grâce,
Et que le lourd surgeon et que la jeune race
Rejaillisse jamais de l’arbre foudroyé.

Nous ne demandons pas que la branche effeuillée
Se tourne jamais plus vers un jeune printemps,
Et que la lourde sève et que le jeune temps
Sauve une cime au moins dans la forêt noyée.

Nous ne demandons pas que le pli de la nappe
Soit effacé devant que revienne le maître,
Et que votre servante et qu’un malheureux être
Soient libérés jamais de cette lourde chape.

Nous ne demandons pas que cette auguste table
Soit jamais resservie, à moins que pour un Dieu,
Mais nous n’espérons pas que le grand connétable
Chauffe deux fois ses mains vers un si maigre feu.

Nous ne demandons pas qu’une âme fourvoyée
Soit jamais replacée au chemin du bonheur.
Ô reine il nous suffit d’avoir gardé l’honneur
Et nous ne voulons pas qu’une aide apitoyée

Nous remette jamais au chemin de plaisance,
Et nous ne voulons pas qu’une amour soudoyée
Nous remette jamais au chemin d’allégeance,
Ô seul gouvernement d’une âme guerroyée,

Régente de la mer et de l’illustre port
Nous ne demandons rien dans ces amendements
Reine que de garder sous vos commandements
Une fidélité plus forte que la mort.


Charles Péguy, Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1931):
I. Prière de résidence
II. Prière de demande
III. Prière de confidence
IV. Prière de report
V. Prière de déférence


Péguy - Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres
III. Prière de confidence (1913)


Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1913)

III. Prière de confidence

Nous ne demandons pas que cette belle nappe
Soit jamais repliée aux rayons de l’armoire,
Nous ne demandons pas qu’un pli de la mémoire
Soit jamais effacé de cette lourde chape.

Maîtresse de la voie et du raccordement,
Ô miroir de justice et de justesse d’âme,
Vous seule vous savez, ô grande notre Dame,
Ce que c’est que la halte et le recueillement.

Maîtresse de la race et du recroisement,
Ô temple de sagesse et de jurisprudence,
Vous seule connaissez, ô sévère prudence,
Ce que c’est que le juge et le balancement.

Quand il fallut s’asseoir à la croix des deux routes
Et choisir le regret d’avecque le remords,
Quand il fallut s’asseoir au coin des doubles sorts
Et fixer le regard sur la clef des deux voûtes,

Vous seule vous savez, maîtresse du secret,
Que l’un des deux chemins allait en contre-bas,
Vous connaissez celui que choisirent nos pas,
Comme on choisit un cèdre et le bois d’un coffret.

Et non point par vertu car nous n’en avons guère,
Et non point par devoir car nous ne l’aimons pas,
Mais comme un charpentier s’arme de son compas,
Par besoin de nous mettre au centre de misère,

Et pour bien nous placer dans l’axe de détresse,
Et par ce besoin sourd d’être plus malheureux,
Et d’aller au plus dur et de souffrir plus creux,
Et de prendre le mal dans sa pleine justesse.

Par ce vieux tour de main, par cette même adresse,
Qui ne servira plus à courir le bonheur,
Puissions-nous, ô régente, au moins tenir l’honneur,
Et lui garder lui seul notre pauvre tendresse.


Charles Péguy, Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1931):
I. Prière de résidence
II. Prière de demande
III. Prière de confidence
IV. Prière de report
V. Prière de déférence


Péguy - Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres
IV. Prière de report (1913)


Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1913)

IV. Prière de report

Nous avons gouverné de si vastes royaumes,
Ô régente des rois et des gouvernements,
Nous avons tant couché dans la paille et les chaumes,
Régente des grands gueux et des soulèvements.

Nous n’avons plus de goût pour les grands majordomes,
Régente du pouvoir et des renversements,
Nous n’avons plus de goût pour les chambardements,
Régente des frontons, des palais et des dômes.

Nous avons combattu de si ferventes guerres
Par-devant le Seigneur et le Dieu des armées,
Nous avons parcouru de si mouvantes terres,
Nous nous sommes acquis si hautes renommées.

Nous n’avons plus de goût pour le métier des armes,
Reine des grandes paix et des désarmements,
Nous n’avons plus de goût pour le métier des larmes,
Reine des sept douleurs et des sept sacrements.

Nous avons gouverné de si vastes provinces,
Régente des préfets et des procurateurs,
Nous avons lanterné sous tant d’augustes princes,
Reine des tableaux peints et des deux donateurs.

Nous n’avons plus de goût pour les départements,
Ni pour la préfecture et pour la capitale,
Nous n’avons plus de goût pour les embarquements,
Nous ne respirons plus vers la terre natale,

Nous avons encouru de si hautes fortunes,
Ô clef du seul honneur qui ne périra point,
Nous avons dépouillé de si basses rancunes,
Reine du témoignage et du double témoin.

Nous n’avons plus de goût pour les forfanteries,
Maîtresse de sagesse et de silence et d’ombre,
Nous n’avons plus de goût pour les argenteries,
Ô clef du seul trésor et d’un bonheur sans nombre.

Nous en avons tant vu, dame de pauvreté,
Nous n’avons plus de goût pour de nouveaux regards,
Nous en avons tant fait, temple de pureté,
Nous n’avons plus de goût pour de nouveaux hasards.

Nous avons tant péché, refuge du pécheur,
Nous n’avons plus de goût pour les atermoiements,
Nous avons tant cherché, miracle de candeur,
Nous n’avons plus de goût pour les enseignements.

Nous avons tant appris dans les maisons d’école,
Nous ne savons plus rien que vos commandements.
Nous avons tant failli par l’acte et la parole,
Nous ne savons plus rien que nos amendements.

Nous sommes ces soldats qui grognaient par le monde,
Mais qui marchaient toujours et n’ont jamais plié,
Nous sommes cette Église et ce faisceau lié,
Nous sommes cette race internelle et profonde.

Nous ne demandons plus de ces biens périssables,
Nous ne demandons plus vos grâces de bonheur,
Nous ne demandons plus que vos grâces d’honneur,
Nous ne bâtirons plus nos maisons sur ces sables.

Nous ne savons plus rien de ce qu’on nous a lu,
Nous ne savons plus rien de ce qu’on nous a dit.
Nous ne connaissons plus qu’un éternel édit,
Nous ne savons plus rien que votre ordre absolu.

Nous en avons trop pris, nous sommes résolus.
Nous ne voulons plus rien que par obéissance,
Et rester sous les coups d’une auguste puissance,
Miroir des temps futurs et des temps révolus.

S’il est permis pourtant que celui qui n’a rien
Puisse un jour disposer, et léguer quelque chose,
S’il n’est pas défendu, mystérieuse rose,
Que celui qui n’a pas reporte un jour son bien ;

S’il est permis au gueux de faire un testament,
Et de léguer l’asile et la paille et le chaume,
S’il est permis au roi de léguer le royaume,
Et si le grand dauphin prête un nouveau serment ;

S’il est admis pourtant que celui qui doit tout
Se fasse ouvrir un compte et porter un crédit,
Si le virement tourne et n’est pas interdit,
Nous ne demandons rien, nous irons jusqu’au bout.

Si donc il est admis qu’un humble débiteur
Puisse élever la voix pour ce qui n’est pas dû,
S’il peut toucher un prix quand il n’a pas vendu,
Et faire balancer par solde créditeur ;

Nous qui n’avons connu que vos grâces de guerre
Et vos grâces de deuil et vos grâces de peine,
(Et vos grâces de joie, et cette lourde plaine),
Et le cheminement des grâces de misère ;

Et la procession des grâces de détresse,
Et les champs labourés et les sentiers battus,
Et les cœurs lacérés et les reins courbatus,
Nous ne demandons rien, vigilante maîtresse.

Nous qui n’avons connu que votre adversité,
(Mais qu’elle soit bénie, ô temple de sagesse),
Ô veuillez reporter, merveille de largesse,
Vos grâces de bonheur et de prospérité.

Veuillez les reposer sur quatre jeunes têtes,
Vos grâces de douceur et de consentement,
Et tresser pour ces fronts, reine du pur froment,
Quelques épis cueillis dans la moisson des fêtes.


Charles Péguy, Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1931):
I. Prière de résidence
II. Prière de demande
III. Prière de confidence
IV. Prière de report
V. Prière de déférence


Péguy - Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres
V. Prière de déférence (1913)


Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1913)

V. Prière de déférence

Tant d’amis détournés de ce cœur solitaire
N’ont point lassé l’amour ni la fidélité ;
Tant de dérobement et de mobilité
N’ont point découragé ce cœur involontaire.

Tant de coups de fortune et de coups de misère
N’ont point sonné le jour de la fragilité ;
Tant de malendurance et de brutalité
N’ont point laïcisé ce cœur sacramentaire.

Tant de fausse créance et tant de faux mystère
N’ont point lassé la foi ni la docilité ;
Tant de renoncements n’ont point débilité
Le sang du rouge cœur et le sang de l’artère.

Pourtant s’il faut ce jour dresser un inventaire
Que la mort devait seule et conclure et sceller ;
S’il faut redécouvrir ce qu’il fallait celer ;
Et s’il faut devenir son propre secrétaire ;

S’il faut s’instituer et son propre notaire
Et son propre greffier et son double témoin,
Et mettre le paraphe après le dernier point,
Et frapper sur le sceau le chiffre signataire ;

S’il faut fermer la clause et lier le contrat,
Et découper l’article avec le paragraphe,
Et creuser dans la pierre et graver l’épigraphe,
S’il faut s’instituer recteur et magistrat ;

S’il faut articuler ce nouveau répertoire
Sans nulle exception et sans atermoiement,
Et sans transcription et sans transbordement,
Et sans transgression et sans échappatoire ;

S’il faut sur ces débris dresser un nouveau code,
Et sur ces châtiments dresser un nouveau roi,
Et planter l’appareil d’une dernière loi,
Sans nul événement et sans nul épisode :

Nul ne passera plus le seuil de ce désert
Qui ne vous soit féal et ne vous soit fidèle,
Et nul ne passera dans cette citadelle
Qui n’ait donné le mot qu’on donne à mot couvert.

Nul ne visitera ce temple de mémoire,
Ce temple de mémoire et ce temple d’oubli,
Et cette gratitude et ce destin rempli,
Et ces regrets pliés aux rayons de l’armoire.

Nul ne visitera ce cœur enseveli
Qui ne se soit rangé dessous votre conduite
Et ne se soit perdu dans votre auguste suite
Comme une voix se perd dans un chœur accompli.

Et nulle n’entrera dans cette solitude
Qui ne vous soit sujette et ne vous soit servante
Et ne vous soit seconde et ne vous soit suivante,
Et nulle n’entrera dans cette servitude,

Et nul ne franchira le seuil de ce palais,
Et la porte centrale et le parvis de marbre,
Et la vasque et la source et le pourpris et l’arbre,
Qui ne soit votre esclave et l’un de vos valets.

Et nul ne passera dans cette plénitude
Qui ne soit votre fils et votre serviteur,
Comme il est votre serf et votre débiteur,
Et nul ne passera dans cette quiétude,

Pour l’amour le plus pur et le plus salutaire
Et le retranchement et le même regret,
Et nul ne passera le seuil de ce secret
Pour l’amour le plus dur et le plus statutaire,

Et l’amour le plus mûr et le plus plein de peine,
Et le plus plein de deuil et le plus plein de larmes,
Et le plus plein de guerre et le plus plein d’alarmes,
Et le plus plein de mort au seuil de cette plaine.

Et pour le plus gonflé du plus ancien sanglot,
Et pour le plus vidé de la vieille amertume,
Et pour le plus lavé de la plus basse écume,
Et pour le plus gorgé du plus antique flot.

Et pour le plus pareil à cette lourde grappe,
Et pour le plus astreint aux treilles de ce mur,
Et pour le plus contraint comme pour le plus sûr,
Et pour le plus pareil à ce pli de la nappe.

Et nul ne passera dans cette certitude,
Pour l’amer souvenir et le regret plus doux,
Et le morne avenir et l’éternel remous
Des vagues de silence et de sollicitude.

Et nul ne franchira le seuil de cette tombe,
Pour un culte éternel encor que périssable,
Et le profond remous de ces vagues de sable
Où le pied du silence à chaque pas retombe,

Qui ne soit incliné vers vos sacrés genoux
Et ne soit sous vos pieds comme un chemin de feuille,
Et ne consente et laisse et ne prétende et veuille,
De l’épaisseur d’un monde être aimé moins que vous.


Charles Péguy, Les Cinq Prières dans la cathédrale de Chartres (1931):
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V. Prière de déférence


miércoles, 25 de diciembre de 2013

Navidad (25 de diciembre):
"Sic nos amantem quis non redamaret?"

Adeste fideles


Adeste fideles [estrofas 1-6-3] (intérprete desconocido)

Adeste fideles læti triumphantes
Venite, venite in Bethlehem
Natum videte, Regem angelorum
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Cantet nunc io Chorus angelorum,
Cantet nunc aula cælestium
Gloria, gloria in excelsis Deo
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Æterni Parentis splendorem æternum,
Velatum sub carne videbimus:
Deum Infantem, pannis involutum
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Ergo qui natus die hodierna
Jesu, tibi sit gloria
Patris æterni Verbum caro factum
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Deum de Deo, Lumen de Lumine,
Gestant puellæ viscera,
Deum verum, Genitum non factum.
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

En grege relicto, humiles ad cunas,
Vocati pastores adproperant:
Et nos ovanti gradu festinemus.
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Stella duce magi, Christum adorantes,
Aurum, tus, et myrrham dant munera.
Iesu infanti Corda præbeamus;
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Pro nobis egenum, et fœno cubantem,
Piis foveamus amplexibus:
Sic nos amantem quis non redamaret?
Venite adoremus, venite adoremus
Venite adoremus Dominum.

Acudid fieles alegres, triunfantes,
venid, venid a Belén,
Ved al nacido, Rey de los ángeles.
Venid, adoremos, venid, adoremos
Venid, adoremos al Señor.

Cante ahora el Coro de los ángeles,
cante ahora la corte celestial,
Gloria, gloria en las alturas a Dios,
Venid, adoremos, venid, adoremos
Venid, adoremos al Señor.

Al esplendor eterno del Eterno Padre,
Velado bajo la carne veremos:
al Dios infante, de pañales envuelto
Venid, adoremos, venid, adoremos
Venid, adoremos al Señor.

Helo aquí nacido, en este día
Jesús, a ti sea la gloria
Del Padre Eterno, Verbo hecho carne
Venid, adoremos, venid, adoremos
Venid, adoremos al Señor.

Dios de Dios, luz de luz
Le gestan entrañas de niña,
Dios verdadero, engendrado, no creado.
venid,adoremos, venid, adoremos,
venid, adoremos al Señor.

Dejando el rebaño, humildes hasta la cuna,
Los pastores llamados vienen presurosos
Y nosotros marchamos con paso alegre.
venid,adoremos, venid, adoremos,
venid, adoremos al Señor.

La estrella conduce a los magos, adoran a Cristo
Oro, incienso y mirra, regalos que le dan.
Al niño Jesús el corazón le muestran
venid,adoremos, venid, adoremos,
venid, adoremos al Señor.

Por nosotros pobre y acostado en la paja
Démosle calor con píos abrazos
A quien así nos ama ¿quién no le amará?
Venid, adoremos, venid, adoremos
Venid, adoremos al Señor.



martes, 24 de diciembre de 2013

Himno de Laudes del 24 de diciembre:
"¡Cielos, lloved vuestra justicia!"



¡Cielos, lloved vuestra justicia!
¡Ábrete, tierra!
¡Haz germinar al Salvador!


Oh Señor, Pastor de la casa de Israel,
que conduces a tu pueblo,
ven a rescatarnos por el poder de tu brazo.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!

Oh Sabiduría, salida de la boca del Padre,
anunciada por profetas,
ven a enseñarnos el camino de la salvación.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!

Hijo de David, estandarte de los pueblos y los reyes,
a quien clama el mundo entero,
ven a libertarnos, Señor, no tardes ya.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!

Llave de David y Cetro de la casa de Israel,
tú que reinas sobre el mundo,
ven a libertar a los que en tinieblas te esperan.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!

Oh Sol naciente,
esplendor de la luz eterna y sol de justicia,
ven a iluminar a los que yacen de sombras de muerte.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!

Rey de las naciones y Piedra angular de la Iglesia,
tú que unes a los pueblos,
ven a libertar a los hombres que has creado.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!

Oh Emmanuel, nuestro rey,
salvador de las naciones, esperanza de los pueblos,
ven a libertarnos, Señor, no tardes ya.
Ven pronto, Señor. ¡Ven, Salvador!


  • Rosace nord (s. XIII) de la Cathédrale Notre-Dame de Chartres.
  • "La rosace dépeint la Glorification de la Vierge, entourée des anges, de douze rois de Juda (David, Salomon, Abijam (Abia), Josaphat (Iosapht), Azarias (Ozias), Achaz (Acaz), Manassé (Mahases), Ézéchias, Joachim (Ioatam), Joram (Ioram), Asa et Roboam) et des douze petits prophètes (Osée (Oseas), Amos, Jonas, Nahum (Naum), Sophonie (Sephonias), Zacharie, Malachie (Malacias), Aggée (Ageus), Habacuc (Abbacuc), Michée (Micheas), Abdias et Joël (Iohel)). En-dessous, les armes de France et de Castille (la rosace a été offerte par Blanche de Castille). Les cinq lancettes représentent Sainte Anne, mère de la Vierge, entourée des rois Melchisedech, David, Salomon et d'Aaron, foulant les rois pécheurs et idolâtres : Nabuchodonosor, Saül, Jéroboam et Pharaon" (Wikimedia).
  • This photo was taken by Eusebius (Guillaume Piolle).

lunes, 23 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Emmanuel" (23 de diciembre)



O Emmanuel, Rex et legifer noster,
exspectatio gentium, et Salvator earum:
veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster.

Canto gregoriano (North American College Choir)




Oh Emmanuel,
rey y legislador nuestro,
esperanza de las naciones
y salvador de los pueblos:
ven a salvarnos, Señor Dios nuestro.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 7

O Immanuel, unser König und Lehrer,
du Hoffnung und Heiland der Völker,
o komm, eile und schaffe uns Hilfe,
du unser Herr und unser Gott.
Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 7. O Immanuel


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





domingo, 22 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Rex gentium" (22 de diciembre)



O Rex Gentium, et desideratus earum,
lapisque angularis, qui facis utraque unum:
veni, et salva hominem,
quem de limo formasti.

Canto gregoriano (North American College Choir)




Oh Rey de las naciones y Deseado de los pueblos,
Piedra angular de la Iglesia,
que haces de dos pueblos uno solo:
ven y salva al hombre,
que formaste del barro de la tierra.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 6

O König aller Völker,
ihre Erwartung und Sehnsucht,
Schlußstein,
der den Bau zusammenhält:
o komm und errette den Menschen,
den du aus Erde gebildet!
Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 6. O König


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





sábado, 21 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Oriens" (21 de diciembre)



O Oriens, splendor lucis aeternae,
et sol justitiae:
veni, et illumina sedentes in tenebris,
et umbra mortis.

Canto gregoriano (North American College Choir)




Oh Sol que naces de lo alto,
Resplandor de la luz eterna,
Sol de justicia: ven ahora a iluminar
a los que viven en tinieblas
y en sombra de muerte.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 5

O Morgenstern,
Glanz des unversehrten Lichtes,
der Gerechtigkeit strahlende Sonne:
o komm und erleuchte,
die da sitzen in Finsternis
und im Schatten des Todes.
O Morgenstern.
Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 5. O Morgenstern


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





viernes, 20 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Clavis David" (20 de diciembre)



O Clavis David, et sceptrum domus Israël,
qui aperis, et nemo claudit,
claudis, et nemo aperuit:
veni, et educ vinctum de domo carceris,
sedentem in tenebris, et umbra mortis.

Canto gregoriano (North American College Choir)




Oh Llave de David
y Cetro de la casa de Israel;
que abres y nadie puede cerrar;
cierras y nadie puede abrir:
ven y libra a los cautivos
que viven en tinieblas
y en sombra de muerte.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 4

O Schlüssel Davids, Zepter des Hauses Israel,
du öffnest und niemand kann schließen,
du schließt, und keine Macht vermag zu öffnen:
o komm und öffne den Kerker der Finsternis
und die Fessel des Todes.
Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 4. O Schlüssel


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





jueves, 19 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Radix Jesse" (19 de diciembre)



O Radix Jesse,
qui stas in signum populorum,
super quem continebunt reges os suum,
quem gentes deprecabuntur:
veni ad liberandum nos, iam noli tardare.

Canto gregoriano (North American College Choir)




Oh Renuevo del tronco de Jesé,
que te alzas como un signo para los pueblos;
ante quien los reyes enmudecen,
y cuyo auxilio imploran las naciones:
ven a librarnos, no tardes más.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 3

O Sproß aus Isais Wurzel,
gesetzt zum Zeichen für die Völker,
vor dir verstummen die Herrscher der Erde,
dich flehen an die Völker.
o komm und errette uns, erhebe dich,
säume nicht länger!
Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 3. O Sproß aus Isais Wurzel


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





miércoles, 18 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Adonai" (18 de diciembre)



O Adonai, et dux domus Israël,
qui Moyse in igne flammæ rubi apparuisti,
et ei in Sina legem dedisti:
veni ad redimendum nos in brachio extento.

Canto gregoriano (North American Collegec Choir)




Oh Adonai, Pastor de la casa de Israel,
que te apareciste a Moisés en la zarza ardiente
y en el Sinaí le diste tu ley,
ven a librarnos con el poder de tu brazo.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 2

O Adonai,
der Herr und Führer des Hauses Israel,
in flammenden Dornbusch
bist du dem Mose erschienen
und hast ihm auf dem Berg
das Gesetz gegeben:
o komm und befreie uns
mit deinem starken Arm.

Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 2. O Adonai


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





martes, 17 de diciembre de 2013

Antífonas mayores de Adviento:
"O Sapientia" (17 de diciembre)



O Sapientia, quæ ex ore Altissimi prodiisti,
attingens a fine usque ad finem,
fortiter suaviterque disponens omnia:
veni ad docendum nos viam prudentiæ.

Canto gregoriano (North American College Choir)




Oh, Sabiduría, que brotaste de los labios del Altísimo,
abarcando del uno al otro confín,
y ordenándolo todo con firmeza y suavidad:
ven y muéstranos el camino de la salvación.





Arvo Pärt (*1935)

Sieben Magnificat-Antiphonen (1988-1991): 1

O Weisheit,
hervorgegangen aus dem Munde des Höchsten,
die Welt umspannst du von einem Ende zum andern,
in Kraft und Milde ordnest du alles:
O komm und offenbare uns
den Weg der Weisheit und der Einsicht.
Arvo Pärt - Sieben Magnificat-Antiphonen, für gemischten Chor a cappella (1988-1991): 1. O Weisheit


Magnificat (1989)

Arvo Pärt - Magnificat, für gemischten Chor a cappella (1989)





Antífonas mayores de Adviento (ERO CRAS)

ERO CRAS


17 de diciembre: O Sapientia (Oh Sabiduría)
18 de diciembre: O Adonai (Oh Adonai)
19 de diciembre: O Radix Jesse (Oh Raíz de Jesé)
20 de diciembre: O Clavis David (Oh Llave de David)
21 de diciembre: O Oriens (Oh Amanecer)
22 de diciembre: O Rex Gentium (Oh Rey de las naciones)
23 de diciembre: O Emmanuel (Oh Emmanuel)






Catedral de Chartres: El árbol de Jesé (s. XII)

Catedral de Chartres
Vidriera del árbol de Jesé



jueves, 31 de mayo de 2012

Μεγαλύνει ἡ ψυχή μου τὸν Κύριον /
Magnificat anima mea Dominum



Magnificat anima mea Dominum,
et exultavit spiritus meus in Deo salutari meo,
quia respexit humilitatem ancillae suae.
Ecce enim ex hoc beatam me dicent
omnes generationes, quia fecit mihi magna
qui potens est, et sanctum nomen eius,
et misericordia eius
ad progenie in progenies timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo,
dispersit superbos mente cordis sui,
deposuit potentes de sede,
et exaltavit humiles,
esurientes implevit bonis,
et divites dimisit inanes.
Suscepit Israel puerum suum
recordatus misericordiae suae,
sicut locutus est
ad patres nostros
Abraham et semini eius in saecula.
Proclama mi alma la grandeza del Señor,
y se alegra mi espíritu en Dios, mi Salvador;
porque ha puesto sus ojos
en la humildad de su esclava,
y por eso desde ahora
todas las generaciones
me llamarán bienaventurada,
porque el Poderoso
ha hecho obras grandes en mí:
su nombre es Santo,
y su misericordia llega a sus fieles
de generación en generación.
Él hizo proezas con su brazo:
dispersó a los soberbios de corazón,
derribó del trono a los poderosos
y enalteció a los humildes,
a los hambrientos los colmó de bienes
y a los ricos los despidió vacíos.
Auxilió a Israel, su siervo,
acordándose de la misericordia
—como lo había prometido a nuestros padres—
en favor de Abraham
y su descendencia por siempre.

Vladimír Godár - Magnificat

[Ver en Youtube]
        Μεγαλύνει ἡ ψυχή μου τὸν Κύριον
καὶ ἠγαλλίασεν τὸ πνεῦμά μου ἐπὶ τῷ Θεῷ τῷ σωτῆρί μου,
ὅτι ἐπέβλεψεν ἐπὶ τὴν ταπείνωσιν τῆς δούλης αυτοῦ.
ἰδού γὰρ ἀπὸ τοῦ νῦν μακαριοῦσίν με πᾶσαι αἱ γενεαί,
ὅτι ἐποίησέν μοι μεγάλα ὁ δυνατός,
καὶ ἅγιον τὸ ὄνομα αὐτοῦ,
καὶ τὸ ἔλεος αὐτοῦ εἰς γενεὰς καὶ γενεὰς
τοῖς φοβουμένοις αυτόν.
Ἐποίησεν κράτος ἐν βραχίονι αὐτοῦ,
διεσκόρπισεν ὑπερηφάνους διανοίᾳ καρδίας αὐτῶν·
καθεῖλεν δυνάστας ἀπὸ θρόνων
καὶ ὕψωσεν ταπεινούς,
πεινῶντας ἐνέπλησεν ἀγαθῶν
καὶ πλουτοῦντας ἐξαπέστειλεν κενούς.
ἀντελάβετο Ἰσραὴλ παιδὸς αὐτοῦ,
μνησθῆναι ἐλέους,
καθὼς ἐλάλησεν πρὸς τοὺς πατέρας ἡμῶν
τῷ Αβραὰμ καὶ τῷ σπέρματι αὐτοῦ εἰς τὸν αἰῶνα.



jueves, 24 de mayo de 2012

The Book of Kells - Madonna and Child /
Cú Chuimne Sapiens - Hymnum in laudem S. Mariæ

Turning darkness into light (III)


Cantemus in omni die concinnantes uarie
conclamantes Deo dignum ymnum Sancte Marie.
Bis per chorum hinc et inde conlaudemus Mariam
ut uox pulset omnem aurem per laudem uicariam.
Maria de tribu Iuda Summi mater Domini
oportunam dedit curam egrotanti homini.
Gabriel aduexit Verbum sinu prius Paterno
quod conceptum et susceptum in utero materno.
Hec est summa, hec est sancta uirgo uenerabilis,
que ex fide non recessit sed exstetit stabilis.
Huic matri nec inuenta ante nec post similis
nec de prole fuit plane humane originis.
Per mulierem et lignum mundus prius periit;
per mulieris uirtutem ad salutem rediit.
Maria mater miranda Patrem suum edidit
per quem aqua late lotus totus mundus credidit.
Hec concepit margaritam — non sunt uana somnia —
pro qua sani Christiani uendunt sua omnia.
Tunicam per totum textam Christi mater fecerat
que peracta Christi morte sorte statim steterat.
Induamus arma lucis loricam et galiam
ut simus Deo perfecti suscepti per Mariam.
Amen Amen adiuramus merita puerpere
ut non possit flamma pire nos dire decerpere.
Christi nomen inuocamus angelis sub testibus
ut fruamur et scribamur litteris celestibus.
Sancte Marie meritum
imploramus dignissimum.
ut mereamur solium
habitare altissimum.
Amen.

Cú Chuimne sapiens, Hymnum in laudem S. Mariæ (s. VIII)



domingo, 25 de marzo de 2012

von Balthasar - Las dimensiones del sí mariano


"Existe acuerdo en afirmar que la respuesta final de María al ángel, y a través de él a Dios, «He aquí la esclava del Señor; hágase en mí según tu palabra», fue la expresión plena de la fe de Abraham y de todo Israel. Ya a Abraham se le había reclamado una obediencia entusiasta de fe cuando se le exigió devolver a Dios en el monte Moria precisamente el don que Dios le había hecho por su fe, el hijo de la promesa, en un sacrificio espiritualmente completo, sólo interrumpido en su materialidad. En el caso de María, Dios irá hasta el final de esa fe cuando, en la cruz, junto a la cual está ella de pie, no interviene ningún ángel rescatador, y ella debe devolver a Dios a su Hijo, el Hijo del cumplimiento, en una oscuridad de fe incomprensible e impenetrable para ella.

Pero ya en la concepción de Jesús se exige un acto de fe que supera infinitamente al de Abraham (y con mayor razón el de Sara, que se rió incrédula). La Palabra de Dios, que quiere tomar carne en María, necesita un sí receptivo que sea pronunciado con la persona entera, espíritu y cuerpo, sencillamente sin restricción alguna (ni siquiera inconsciente), y que ofrezca la totalidad de la naturaleza humana como lugar de la humanación. Recibir y consentir no tienen por qué ser algo pasivo; respecto a Dios son siempre, cuando se realizan en la fe, suprema actividad. Si en el sí de María hubiera habido siquiera la sombra de un reparo, de un «hasta aquí, pero no más lejos», a su fe se habría adherido una mácula, y el Hijo no habría podido tomar posesión de toda la naturaleza humana. Esta carencia de reparos del sí de María se revela quizás más claramente allí donde María aprueba también su matrimonio con José y deja en manos de Dios su compatibilidad con su nueva tarea."

Hans Urs von Balthasar




Este año la Encarnación se celebra el 26 de marzo